pierre-et-mohamed-le-dialogue-de-deux-amis

Pierre et Mohamed, le dialogue de deux amis

La pièce rend hommage au message d’amitié de respect et de la volonté de dialogue interreligieux de Pierre Claverie à partir de ses textes.

La nuit est tombée. « Qu’est-ce qu’un ami qui se tait quand son ami va mal ? ». L’interjection résonne fortement devant l’autel de la chapelle des assomptionnistes à Valpré. C’est Mohamed qui, du fond de son dialogue intérieur, rapporte des mots de ses échanges avec Pierre. Pas n’importe quel Pierre ! Il s’agit de Mgr Pierre Claverie, assassiné le 1er aout 1996 à Oran ainsi que son chauffeur, à la porte de chez lui, pendant les années noires de l’Algérie de la fin du XXe siècle.

Dans l’auditoire, les participants de l’Université retiennent leur souffle. Ils assistent à la représentation de Pierre et Mohamed, un texte prononcé par Jean-Baptiste Germain, mis en scène et harmonisé par Francesco Agnello. Peut-on parler de comédiens quand on mesure que ce texte superbe, conçu comme un dialogue !, est composé d’une part des notes prises par Mohamed et d’autre part d’homélies de l’évêque d’Oran, l’enfant pied-noir qui a passé ses jeunes années dans la « bulle coloniale ». Pour le jeune Claverie, l’autre, l’arabe, n’est que partie du paysage ou du décor : « Jamais, je n’avais entendu dire que l’Arabe était mon prochain ». Un jour, cela lui saute à la figure. « L’autre fait exploser mon univers clos. Plus de murs, plus de frontières, plus de fractures. Il faut que l’autre existe, sans quoi nous nous exposons à la violence, à l’exclusion, au rejet ».

À Mohamed qui l’interrogeait sur la place des chrétiens en terre d’Islam, Mgr Claverie répond : « Si je ne vois en toi qu’un musulman, si tu ne vois en moi qu’un chrétien, alors je ne peux plus rencontrer Mohamed et tu ne connaîtras jamais Pierre. Et je n’arriverai jamais à comprendre qui tu es, ni comment tu pries Dieu ». Quand Mohamed lui a demandé s’il arrivait à vivre ce dialogue aujourd’hui, il poursuit sa réflexion : « Ce n’est pas facile de faire oublier des siècles de polémique stérile pour proposer de se faire confiance. Le dialogue ne peut pas encore commencer, car avant le temps du dialogue, il faut le temps de l’amitié. L’amitié qui permet la parole vraie, la parole qui écoute, la parole qui ne nie pas l’autre en cherchant à le convaincre, voilà ce qu’il était venu vivre en Algérie ». Aujourd’hui, « à part la violence, tout ce que dit Mgr Claverie est encore d’actualité », expliquent Anne et Hubert Ploquin qui rentrent tout juste d’une présence de dix-huit mois à Tibhérine au titre de la Délégation catholique pour la coopération.

Cette soirée est accueillie par les étudiants estivaux de Valpré en magnifique contrepoint de la conférence du matin. A l’axiome de Socrate « Il n’y a pas d’amitié sans vérité », Jean-Noël Dumont précisait : « le dialogue se situe entre fanatisme et scepticisme, qui ont en commun d’être un refus de la contradiction. Le dialogue consiste à affronter l’épreuve de ce qui est discutable ». Et pour Thierry Magnin : « dialoguer, c’est accepter de se laisser transformer ». N’est-ce pas ce qui est arrivé à l’auditoire de Pierre et Mohamed.
S.R.

  • Share Via: