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André Antoni : «Nous avons vécu un déplacement»

Le Père André Antoni, assomptionniste et directeur général du groupe Bayard, a fait la clôture de l’Université européenne assomptionniste.

« Je me suis tout d’abord demandé ce qui me permettrait d’échapper à toute imposture en prenant la parole devant vous. Je ne suis ni universitaire, ni philosophe ou sociologue des religions, ni même théologien… même si j’ai d’utiles notions de tout cela, … ce qui me permet peut-être d’être spirituel à l’occasion.

Je me présenterais volontiers devant vous comme un celui qui crée du lien entre les différentes lieux où nous venons de passer ces trois jours, Bayard, le forum104 et la chapelle. Et que j’ai la charge d’accompagner au nom de ma Congrégation religieuse.

Pour mon intervention, j’aimerais reprendre des éléments qui m’ont marqués durant ces trois journées en m’appuyant sur des réflexions portées par des personnalités davantage expertes dans le domaine de la spiritualité et du dialogue entre les spiritualités.

Parmi ces références :

  • un haut représentant de la « sainte Église catholique romaine », le cardinal Jean-Louis Tauran qui a présidé le conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, et qui a écrit un livre récemment publié par Bayard Edition : « Je crois en l’homme ; les religions font partie de la solution, pas du problème »
  • un théologien philosophe : Maurice Bellet, « Translation ; croyants (ou non), passons ailleurs pour tout sauver »
  • et un moine cistercien que l’on peut considérer comme un prophète et un mystique Il s’agit de Christian de Chergé, moine de Tibhirine en Algérie, mort assassiné avec six de ses frères en 1996 dont la pensée est présentée par Christian Salenson, ancien directeur de l’Institut des sciences et de théologie des religions à Marseille, dans un livre intitulé : l’échelle mystique du dialogue de Christian de Chergé.

Jean-Paul II disait que l’expérience du prophétisme : c’est de jeter des ponts ailleurs ; je me propose d’être au service de cette expérience.

  1. Nous avons certainement vécu ces jours-ci un ou plusieurs déplacements…

Il y a eu, pour les organisateurs, un premier déplacement dans le choix du thème de cette Université Assomptionniste :

A l’origine de ces journées, il y avait la commande du chapitre provincial d’Europe pour que l’Université Européenne de l’Assomption organise une rencontre sur « la proposition de la foi » dans un contexte contemporain.

C’est Mgr Dagens, à l’époque évêque d’Angoulême, qui en 1996 avait présenté son rapport à ses collègues évêques de France, sous ce titre : « Lettre aux catholiques de France. Proposer la foi dans la société actuelle ».

Je cite : « Nous voulons examiner les conditions relativement nouvelles, auxquelles la foi et l’Eglise sont aujourd’hui confrontées en France.
Nous voulons comprendre comment la foi chrétienne peut s’inscrire dans notre société, à l’aube du 21e siècle. Nous voulons aussi former de façon plus libre et plus solidaire une Eglise qui soit prête à évangéliser, en proposant la foi dans toute sa vérité et en la vivant elle-même de façon effective. Cette lettre n’est donc pas un traité sur l’évangélisation en France. Elle est un appel adressé à tout le peuple des baptisés en vue de partager plus largement et d’annoncer avec assurance la foi qui nous anime. »

Aujourd’hui encore un catholique ne manque pas de raisons pour s’engager dans cette voie de la proposition de la foi. J’en vois au moins 2 :

– on peut avoir l’impression que le contenu du christianisme n’est pas vraiment connu, que sa doctrine est présentée de manière superficielle, pour ne pas dire enfantine lorsqu’on sait que les années de catéchèse sont entre 7 et 11 ans et que ceux qui poursuivent une formation chrétienne sont ultra minoritaires : on a donc envie de faire du rattrapage ;

– les préjugés sur la signification de notre foi et le mauvais exemple qu’il nous arrive de donner peuvent déformer et altérer la vérité chrétienne ;

Bref, la foi gagnerait toujours à être reformulée et annoncée et pour cela, il lui faut prendre appui sur les exigences de la raison, sur le courage de l’annonce et la force du témoignage de vie.

L’Université Européenne assomptionniste était tout à fait habilitée à traiter le sujet dans ces dimensions.

Mais l’idée des organisateurs a été de faire un pas de côté.

Car l’intuition était d’associer des partenaires tels que Bayard et le forum104 : ces deux lieux aux racines profondément catholiques (puisque deux congrégations religieuses en sont à l’origine) engagent des personnes et des publics, venant d’horizons spirituels très différents, voire même franchement lointains. Autrement dit, il nous était proposé de sortir d’un vis-à-vis pour entrer dans un côte-à-côte (pour ne pas dire un coude-à-coude, tant la tâche est grande).

Cela correspondait aussi à un « signe des temps » : nos contemporains ont une quête spirituelle, une quête de transcendance ou, à tout le moins une recherche de sens.

… et il nous revient de trouver un sens à cette recherche.

Autrement dit encore, sans renier les identités de chacun, nous acceptions ne nous placer dans cet espace commun que le Pape émérite Benoît XVI avait appelé le Parvis des Gentils (une expression qu’il a utilisée à son retour d’une visite en République tchèque ; il s’était adressé à la Curie romaine en se demandant si l’Eglise catholique n’avait pas à donner rendez-vous sur le Parvis des Gentils, cet espace sur l’esplanade du Temple de Jérusalem qui entoure des cours réservées aux juifs, celle des hommes et celle des femmes, jusqu’au Saint des Saint uniquement accessible au grand prêtre. Or, il y avait cet espace en-dehors du sanctuaire qui permettaient aux prêtres d’aller à la rencontre de ceux qui ne partageaient pas la même foi ; l’objectif n’était pas de les convertir mais de converser avec eux (de dia-loguer).

Benoît XVI avait trouvé dans les enceintes universitaires la place pour pour de tels échanges avec des intellectuels athées.

Pour Bayard, l’an dernier, une occasion s’était présentée pour faire ce type d’expérience. Le représentant du gouvernement français pour l’organisation de la COP21 (conférence de l’ONU sur le climat) de co-organiser un Sommet des Consciences . Il a réuni à Paris en juillet 2015 les représentants des religions et consciences du monde entier pour mobiliser le monde sur les questions de l’écologie.

Mais une chose est de se rencontrer sur des questions sociétales, une autre est de se laisser interpeller dans sa croyance même par la croyance de l’autre (voire sa non croyance [mécréance ?]).

Vue sous cet angle, il n’y a plus d’un côté de la ligne de démarcation les croyants, ceux qui ont la foi, et ceux qui ne l’ont pas ; mais la rencontre, comme nous y invite le Pape François, dans un espace commun de dialogue, d’échange, d’enrichissement mutuel quitte à passer par des remises en questions voire une déstabilisation.

Bref, pour plagier une célèbre expression anglo-saxonne, nous voici en quelque sorte invités à un « Believe outside the box ».

Le Pape François le disait autrement en invitant les catholiques à changer de regard, et pour cela, à se positionner à la périphérie du périmètre de chacun. Ce qui a pour effet d’éviter toute « autoréférentialité ».

(pour ceux qui veulent savoir ce qu’est être auto-référentiel, on peut rappeler ce principe qui veut que « tout corps plongé dans un pot de cornichons devienne cornichons » ; principe qu’on peut appliquer à tout membre institutionnel d’une religion).

Car il peut y avoir un regard intégriste en chacun de nous ; nous avons tous des yeux à dessiller.

Permettez-moi de citer ici le P. Philippe Le Vallois, que nous avons rencontré hier. Je rappelle qu’il est responsable de l’Observatoire des nouvelles croyances et membre du conseil épiscopal pour les relations interreligieuses et les nouveaux courants religieux. Lors d’un entretien dans la revue Panorama, il se souvient de cet échange avec une personne qui cherchait sa voie dans les sagesses orientales. A sa question : vous ne cherchez jamais dans la voie catholique ?, cette personne répondit : Mais vous, dans l’Église, vous ne cherchez pas, vous avez trouvé ».

Ceux qui ont trouvé la vérité de la foi sont donc invités à sortir d’une perspective «  évangélisatrice » unilatérale pour entrer dans une autre réalité : celle d’associer dans une quête commune tous les « chercheurs » de la foi.

Et le titre du livre de Jean-François Barbier-Bouvet nous a aidés pour trouver le titre de ces journées: « les aventuriers de la foi ». Là encore en deux mots, « être aventurier, c’est partir sur un terrain inconnu (même si le voyage est préparé) ; c’est prendre un risque d’être déstabilisé sachant en même temps qu’on en sortira enrichi par de nouvelles expériences qui, loin de nous éloignés de ce que nous sommes, contribuent à façonner notre être.

Lorsqu’on se risque ainsi aux « périphéries », on découvre la valeur de cette recherche spirituelle riche… « en valeurs » (développement personnel, etc…) ; il y faut aussi un indispensable travail de discernement, car tout n’est pas acceptable (nul n’est à l’abri du danger des dérives sectaires).

Je vais donc me risquer sur ce terrain glissant qui consiste à ne pas parler uniquement pour ceux de ma chapelle sans pour autant récupérer les autres, tout en évitant un syncrétisme qui serait tout sauf consensuel. Exercice périlleux donc ! Une aventure !

Un chrétien dirait qu’il faut s’ouvrir au travail de l’Esprit Saint qui peut prendre des chemins inattendus… Lui qui souffle là où il veut.

  1. Quelques pistes/repères pour aller de l’avant

Pour ceux qui osent une telle aventure, voici quelques pistes/repères pour aller de l’avant (je réponds ainsi à la question biblique de tous ceux et celles qui étaient appelés par Dieu ? « Comment cela va-t-il se faire ? ») :

  1. En distinguant espoir et espérance

Nous recherchons tous un paradis perdu ; c’est souvent un souvenir d’enfance.

Pour les religions, il y a souvent à l’origine un jardin paradisiaque.

Il en va de même pour la première communauté chrétienne décrite dans les Actes des Apôtres où on sait bien que tous n’avaient pas les dispositions pour vivre « d’un seul cœur et une seule âme tournés vers Dieu ».

Il y a toujours un risque de vouloir se réfugier dans le mythe des origines fantasmées de sa religion.

Delphine Horvilleur, une femme rabbin interviewée dans le dernier numéro de Panorama qui vient de paraître, dit ceci : « Il est urgent de revendiquer un ancrage intelligent qui est exactement l’inverse d’un fantasme de pureté originelle. Nous sommes des héritiers fidèles quand nous faisons de notre héritage un héritage vivant ».

En fait, les âges d’or ont toujours été récupérés pour des usages politico-religieux.

En réalité, il n’y a pas d’origines idéales, mais, il y a de la place pour des idéaux à condition de ne pas confondre espoir et espérance.

L’espoir part du présent pour imaginer le futur ; on comprend qu’il soit souvent déçu ; l’espérance, quant à elle, part de l’avenir pour inviter et inventer le présent. Elle part de ce qui ne se voit pas pour s’investir dans ce qui se voit.

Si on applique cela au dialogue entre les religions, l’objectif n’est pas de faire une hypothétique unité en surmontant les différences. Le chemin est inverse : il part d’une unité mystérieuse mais acquise – en Dieu, pour les croyants – (dans le « Tout est accompli » pour les chrétiens) et, fort de cette espérance, invente une autre manière de vivre.

On peut lire dans les Confessions de saint Augustin (qui reste une référence en matière de chercheur…), cette phrase étonnante qu’il met dans la bouche de Dieu : « Tu ne me chercherais pas, si je ne t’avais déjà trouvé ». Bref, il n’y a pas de chercheurs qui sont dans l’ignorance absolue de ce qu’ils cherchent (Ignoti nulla cupido).

  1. En distinguant relativisme et relativité

La présentation de Jean-François Bouvet a eu le mérite de nous éviter de tomber dans le préjugé selon lequel en dehors de sa propre religion, il ne reste plus que l’errance spirituelle ; ou alors qu’on entre dans une société de consommation spirituelle qui viendrait s’approvisionner dans un supermarché des spiritualités, comme on pourrait le reprocher – à tort – au Forum104. Car l’étude sociologique menée montre qu’il n’en est rien. Les aventuriers de la spiritualité sont aujourd’hui de vrais chercheurs, curieux et exigeants, bref, des hommes et des femmes intelligents.

Et pourtant, on ne peut s’empêcher de se poser la question : n’y a-t-il aucun risque de tomber dans un subjectivisme, ou un relativisme ?

A ce propos, j’ai trouvé chez Maurice Bellet qu’il ne fallait pas confondre relativisme et relativité.

La relativité – depuis Einstein, on sait que l’objet est relatif au sujet, à sa position, aux moyens qu’il use pour que l’objet concerné soit objectivable. C’est donc une rigueur qui défait la prétention du sujet. Elle précise toutes les conditions qui font qu’il y a une connaissance et démontre qu’il y a toujours un mode d’approche qui est limité, une approche toujours imparfaite.

Le relativisme, comme l’intégrisme d’ailleurs, est à l’opposé; ce sont des paresses, parfois érudites, qui dispensent de ce travail indispensable d’approche.

La relativité, c’est aussi faire toute la différence entre un discours surplombant qui ne s’adresse à personne en particulier et un « parler à » quelqu’un, qui m’oblige à tisser une relation. La vérité est précisément à chercher dans la relation.

Si je déplace cette relativité-là et l’applique aux religions ou aux quêtes spirituelles, oserai-je dire que ma religion n’est qu’une voie parmi d’autres et non pas la seule voie ?

Permettez-moi de citer ici l’anecdote qui est arrivée au P. Christian de Chergé et qui lui a permis une réflexion théologique déterminante dans son rapport à l’islam.

Un voisin musulman du monastère de Tibhirine avait l’habitude de s’entretenir régulièrement avec lui et il l’avait pris un jour à l’improviste en lui demandant de lui apprendre à prier. Sacré défi.

Un jour, il dit au P. Christian : « il y a longtemps que nous n’avons pas creusé notre puits » (formule pour rappeler les rendez-vous réguliers de leurs entretiens spirituels) et le P. Christan de lui répondre : « Et au fond de notre puits, qu’est-ce que nous allons trouver ? de l’eau chrétienne ou de l’eau musulmane. » Il l’a regardé, mi-rieur mi chagriné en lui disant : « Tu sais, au fond de ce puits-là ce qu’on trouve, c’est l’eau de Dieu ».

Le P. Christian a compris à la fois qu’aucune religion ne pouvait prétendre être « l’eau de Dieu », autrement dit l’Absolu. Mais surtout que chacune pouvait avoir besoin de la participation de l’autre pour creuser plus profondément le puits.

D’où un changement de posture radical que nous pourrions faire nôtre en nous laissant interpeller par les questions suivantes :

Et si je considérais que la quête de l’autre était un don de Dieu ? Et si, pour comprendre ma foi, j’avais besoin de la foi de l’autre ?

Nous voici donc appelés à une indispensable humilité. L’écoute ne suffit plus, la bienveillance ne suffit plus, la générosité ne suffit plus, il faut ajouter l’humilité : j’ai besoin de l’autre et de l’autre dans sa foi.

L’humilité, c’est refuser de se prendre comme supérieur. C’est aussi tendre vers une forme d’authenticité personnelle sans laquelle nous ne saurions rêver de prétendre à la Vérité. L’échelle de l’humilité ne se gravit qu’en descendant (cf. « qui s’abaisse sera élevé » Luc 14, 11).

Le P. Christian a osé se poser cette question : Moi qui suis chrétien, est-ce que l’autre à quelque chose à me dire de la part du Christ ? On est loin de comprendre le dialogue comme l’espoir d’un changement chez les autres, et on approche de l’invitation à un déplacement pour soi-même.

  1. Pour les chrétiens, en considérant le Christ comme plus grand que son Église

Cependant, si je me positionne en tant que chrétien, je ne peux m’empêcher de dire : Dans cette démarche de dialogue, ne vais-je pas jeter le bébé avec l’eau du bain ? que devient la place de Jésus-Christ ? N’est-il pas au cœur de la foi chrétienne ? N’est-il pas le seul médiateur entre Dieu et les hommes ?.Lui qui est précisément le Chemin, la Vérité, la Vie.

Le P. Christian répond en citant Teilhard de Chardin : « … l’Église est encore une enfant ». Avec beaucoup de tendresse, il est rappelé à l’Église qu’elle doit se souvenir de sa petitesse devant le mystère du Christ qu’elle entrevoit à peine à travers ses dogmes, sa réflexion, sa liturgie, car le Christ auquel elle croit est « démesurément plus grand qu’elle ne l’imagine ».

Ainsi, le dialogue interreligieux, bien loin de relativiser le Christ, conduit à élargir le regard sur lui et à résister à l’illusion de croire qu’on connaît tout de lui.

Jésus Christ apparaît alors plus grand que « le petit Jésus d’école » dont parlait Teilhard de Chardin. Dire que le Christ est le seul médiateur entre Dieu et les hommes ne permet pas de restreindre sa mission à une catégorie de croyants… Les chrétiens doivent accepter que le Christ leur échappe. « Ils ne peuvent plus le contenir dans les formulations de la foi, ni dans ‘exclusive de leurs rites, ni dans celle de leurs Écriture ».

  1. En empruntant « l’échelle mystique » du dialogue

L’image est empruntée à Christian de Chergé. Pour voir au mieux l’horizon (le ciel étoilé), c’est couché par terre qu’il faut être (humilité), le nez en l’air, à la façon du patriarche Jacob (Gn 28, 10) : « Il eut un songe : voici qu’était dressée sur terre une échelle, dont le sommet touchait le ciel ; des anges de Dieu y montaient et y descendaient » (ces anges symbolisent bien cet intermédiaire d’un monde spirituel et le monde terrestre.

Le dialogue pourrait être comparable à cette échelle mystique :

Les deux montants parallèles sont les fidélités respectives (la foi, héritées des traditions religieuses, des valeurs…) ; ils sont fichés en terre, mais dans la stricte verticale d’une même espérance ; les échelons sont profondément enfoncés dans chacun des deux montants et, de préférence, à même niveau.

Ces montants peuvent être des pratiques (le jeûne, la méditation…), des attitudes (pèlerinage intérieur, extérieur) ; des actions sociales (« les bonnes œuvres »). Cette voie ascendante est une voie de conversion : parfois, il faut la gravir en descendant…

D’où un changement d’ancrage de cette échelle : sa vraie base est-elle sur terre ? Si oui, ce pourrait être la communauté des « chercheurs » (voici le peuple immense de ceux qui t’ont cherché [psaume 23] ; Et si l’ancrage était plutôt dans les cieux ? dans ce lieu de l’Espérance ? le point d’appui serait alors le « rocher », Dieu, celui que nous n’aurons jamais fini de découvrir, de connaître ? Le Ciel rejoint la Terre… L’Espérance remplace l’espoir.

Pour ne pas conclure…

J’avais commencé en expliquant en quoi le titre d’aventuriers de la foi ou d’aventuriers de la spiritualité était plus appropriée que la formulation trop unilatérale de la proposition de la foi.

En parcourant ensemble ces trois journées, nous avons pris quelques risques qui attendent ceux qui font des voyages exotiques ; mais j’espère que chacun d’entre nous aura pu découvrir qu’il existe une « vocation » insoupçonnée, « celle de l’autre », de tous ces autres qui ne sont pas nous-mêmes, qui appartiennent à d’autres communautés de destins et qui sont à même de nous faire découvrir une dimension transcendante.

La peur de l’autre est injustifiée lorsqu’on réalise que ce qui unit des hommes et des croyants est plus fort que ce qui les sépare. (cf. Règle de Vie des Augustins de l’Assomption).

Enfin, pour les chrétiens, ils ne peuvent plus dire à Dieu « Père », sans dire en même temps « nous » : « Notre Père ». Quelles sont les frontières de ce « nous » ? Devons-nous le limiter aux disciples de Jésus ? N’est-il pas le père de tous les hommes ?

(cf. Nostra Aetate, 5 : « Nous ne pouvons invoquer Dieu, Père de tous les hommes, si nous refusons de nous conduire fraternellement envers certains hommes créés à l’image de Dieu »).

C’est donc une expérience concrète de fraternité à laquelle nous sommes appelés : des frères et sœurs qui acceptent d’être humbles, de cultiver le goût de la vérité et, ce faisant, intégrer l’expérience de la vulnérabilité.

Le pire serait de faire de notre identité un monolithe au risque de ne se découvrir soudain que chrétien, juif, musulman, (on peut ajouter bouddhiste,…) ; il n’y a plus alors de faille dans ce qui nous définit… et ce serait la ruine d’une spiritualité véritable » dit encore le rabbin Delphine Horvilleur.

On peut donc dire avec Audiard : « Bienheureux les fêlés, ils laissent passer la lumière ».

De tout ce que je viens de dire, vous avez le droit de ne pas être d’accord. On peut remarquer qu’en français courant, on dit « tomber d’accord », comme si l’accord était une chute et le désaccord une élévation. Voilà qui est une belle invitation au débat. »

 

 

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