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Jean-Guilhem Xerri: « Qui oriente mon attention vers quoi et dans quel but ? »

Qu’est-ce que Jean-Guilhem Xerri a retenu de cette journée de l’Université européenne assomptionniste ? « J’ai essayé de voir comment tout ce que nous avons vécu peut nous être utile pour un retour vers l’intériorité. Ce qui m’est venu c’est quatre fils à tirer et quelques conseils. »

« D’abord, le chemin vers l’intériorité est un processus. on n’y est jamais définitivement comme on n’y est pas non plus définitivement. Nous disions hier qu’il y a quelque chose de la naissance dans l’intériorité. La naissance biologique est complétée par cette seconde naissance à notre vie spirituelle. Cela a été redit aujourd’hui : cela veut dire qu’on n’est pas dans une question de performance et c’est important dans une société qui nous pousse à cela. Il n’y a pas à se juger avec des phrases telles que « ça ne va pas », « ce n’est pas bien », « pas assez ». Michel Maxime Egger le disait en parlant d’accepter l’incohérence entre ce qu’on veut, ce qu’on prône et ce que l’on peut faire à l’instant même. Nous sommes dans quelque chose qui advient et pour reprendre la métaphore animale : nous ne sommes pas dans une progression, à un angle et une vitesse soutenue. La vie intérieure ce n’est pas de cet ordre : on peut avancer et se casser la figure juste derrière. Il y a une fragilité dans l’expérience de notre vie intérieure, reconnaître que cela fait partie de la vie intérieure d’avoir des hauts et des bas, des progrès qui en sont peut-être mais nos chutes aussi. Thérèse d’Avila en parle très bien. D’où le fait que la vie intérieure n’est pas de l’ordre de la consommation mais de l’appel, auquel on peut – ou pas – répondre plusieurs fois de suite.

Le second fil est que l’intériorité prend corps. Il n’y a pas de chemin vers l’intériorité en dehors du corps. Cela a été suggéré ce matin mais surtout expérimenté dans les ateliers. Au-delà, on le ressent dans la liturgie, la vie de prière. Sans cela, on est soit dans l’illusion de l’intériorité, soit on est un ange – quelqu’un sans corps. D’où la richesse des ateliers de cette journée : le corps n’est pas un empêchement à l’intériorité. Parfois ce corps exulte, nous fait souffrir, nous échappe mais il reste le moyen. C’est pourquoi l’intériorité n’est pas de l’ordre du zen et du bien-être. L’intériorité est un chemin vers notre être profond au coeur de cette chair parfois faiblissante, parfois douloureuse, parfois exultée. Le corps n’est pas donc seulement notre allié dans l’intériorité. Le piège dans ce chemin de l’intériorité réside dans nos pensées : un père de l’Église disait que, si dans la prière tu penses à Dieu, alors tu as quitté la prière. Dans le sens où penser à Dieu, cela reste être dans la pensée et on n’est alors plus dans un chemin d’intériorité mais une réflexion. Non que les pensées sont une ennemie mais c’est un piège de croire que les pensées aident à accéder à son être profond, on reste dans le registre de la raison. En outre, cela doit aussi s’ancrer dans une tradition. Un grand danger est de suivre des personnes qui sont hors-sol, sans tradition et alors même que de nombreuses traditions sont possibles.

Les deux derniers fils sont pour moi les plus essentiels. D’abord, il y a une condition pour accéder à notre être profond : c’est l’humilité. Ce n’est pas suffisant mais c’est indispensable. Parler de l’humilité peut paraitre… manquer d’humilité. Mais il faut pourtant mettre des mots sur cela. Ce matin, il a été dit que pour les pères du désert, l’humilité est la condition spirituelle de base. Parce que dans la vision physio-pathologique des pères du désert, la maladie de fond reste le narcissisme. Or notre société aujourd’hui nous ramène tout le temps à nous. Pour eux, c’est la source de toutes les autres maladies et l’Antidote à cette maladie de fond, c’est l’humilité. Il ne peut y avoir de vie spirituelle sans elle selon les pères du désert car cela nous décentre… et fait de la place. Les pistes que donnent les pères du désert pour aller vers l’humilité : se mettre à l’écoute d’un maître spirituel donc à l’écoute d’un autre. Cela peut être juste quelqu’un en qui on a confiance, s’en remettre à un autre. Se souvenir de nos anciennes conduites en ayant une attention sur les moments où l’on s’est trompé, faire mémoire de nos erreurs pour se remettre à la place qui est la nôtre. Se rappeler des souffrances de Jésus car si lui-même qui est le maître accepte d’être le serviteur, cela nous remet à notre place. Se souvenir des bienfaits de Dieu pour nous car cela remémore que l’on peut nous donner. Et j’ajoute, dans cette liste de pistes, se rappeler le caractère extrêmement limité de notre intelligence rationnelle et spirituelle. Ainsi, on peut développer le commandement de la charité.

Enfin – et j’ai choisi de terminer avec ce fil – c’est qu’il y a un organe de la vie intérieure, c’est l’attention. Il faut être conscient du caractère très spirituel de l’attention. Il ne dépend pas de notre niveau d’éducation, social, ni même cognitif mais de la façon dont on oriente les choses. Pourquoi sommes-nous aujourd’hui dans une telle souffrance intérieure ? Il me semble que c’est parce que nous sommes tous l’objet d’un hold-up attentionnel. On nous pique, on nous vole, on nous violente, on nous kidnappe notre capacité intentionnelle. Par la pub, les médias, la futilité, le bougisme. C’est la première fois dans l’histoire de l’humanité que l’homme est immergé dans un environnement où son attention est constamment sollicitée. Nous sommes alors en grand risque de perdre le contact avec nous mêmes. Et c’est peut-être que l’on en a conscience que l’on voit un grand retour de l’intériorité. Dans les ateliers où je suis passé, vous avez tous mobilisé votre attention vers un mouvement, un son, une sensation… Ce qui est intéressant à mettre en relief : c’est l’attention qui était le sujet et qui nous a permis de grandir dans notre intériorité. Qui oriente mon attention vers quoi et dans quel but ? C’est la seule vraie question spirituelle. La liturgie sert à cela : elle attire notre attention vers la Parole de Dieu par nos sens. Soyez vigilant à cette question. Elle est vraie pour tout registre de sa vie.

« L’homme qui veille fait que même la nuit, il fait jour. »

4 pistes d’inspiration :
– Méditer comme une montagne, pour retrouver le minéral en nous et la stabilité pour tenir debout ;
– Méditer comme un coquelicot, pour retrouver le végétal qui se tourne vers le ciel, vers le soleil et s’élève ;
– Méditer comme un océan qui va et qui vient, en rythme comme notre souffle, avec une surface souvent agitée mais des profondeurs très calmes et solides ; méditer comme un oiseau qui accède aux sons, aux harmonies, aux ondes ;
– Méditer comme un oiseau
– Méditer comme un Homme, avec comme inspirateur Abraham, le modèle de l’Homme qui regarde son environnement, qui lève les yeux au ciel et sent au fond de lui que derrière les étoiles, derrière la nature, il y a plus grand ainsi que son expérience de l’hospitalité aux autres humains et à Dieu ;
– Méditer comme un fils, à l’image de Jésus qui intègre tout ce que nous venons d’énoncer mais qui n’est pas seulement un croyant mais qui est capable d’être pleinement fils, recevant sa vie du Père. »

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