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Psychologie et spiritualité: différences et rencontres

Pour Elizabeth Leblanc, psychologue clinicienne jungienne, psychopraticienne et relaxothérapeute, intervenant samedi 28 mai 2016 à l’Université européenne assomptionniste, psychologie et spiritualité sont des dimensions de l’Homme qui, même proches, ont des particularités différentes et fonctionnent différemment. L’un parle de la personne, de la réalité de son incarnation et de ses potentiels de développement, l’autre parle du rapport à l’invisible et à la transcendance. Nous évoquerons aussi la richesse de leur complémentarité en tant que définissant l’Être Humain.


« Psychologie et spiritualité sont deux mondes complémentaires et leur chevauchement peut s’envisager. Ils sont néanmoins distincts et il est important de les différencier tant dans leur contenu que dans leur fonctionnement, de même que dans la formation des praticiens : en aucune manière un thérapeute ne peut être un accompagnateur spirituel, et à l’inverse un accompagnateur spirituel n’est pas un thérapeute.

Qu’est-ce qui définit l’homme ?

Pour bien situer le champ de chaque discipline, il convient de revenir à ce qui définit l’être humain. Depuis l’antiquité, l’Homme est décrit par trois dimensions : le corps, l’âme et l’esprit. Même si ces deux derniers états ont souvent été confondus, ils recouvrent néanmoins des réalités humaines bien différentes. Cette vérité est confirmée dans la Lettre aux Thessaloniciens (1-5, 23) : «Que le dieu de la paix vous sanctifie lui-même tout entier, et que tout votre être, l’esprit, l’âme et le corps, soit conservé irrépréhensible, lors de l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ»

  • Le corps est la dimension physique, matérielle, porteuse à la fois de notre hérédité, de notre histoire (toutes les marques des événements de notre vie : cicatrices, transformation du corps dues à certains activités ou postures, corps et visage «marqués»…), de notre présente (les postures, les gestes, les mimiques, les expressions du visage ou du corps…). Il constitue notre appartenance à la nature. Le corps est le lieu de toutes les expériences, de toutes les perceptions, y compris celles de l’âme et de l’esprit.
  • L’esprit, souvent confondu avec l’âme, constitue pourtant une dimension particulière, bien difficile à définir puisque, à l’inverse du corps, il représente tout ce qui est immatériel.

En psychologie contemporaine, le terme esprit  est désigne l’ensemble des activités mentales humaines, conscientes et non-conscientes, les processus mentaux et la faculté de penser propre à l’homme. Il renvoie aussi à certaines facultés ou dons intellectuels, particulièrement de vivacité, de finesse, d’humour.

Mais c’est aussi beaucoup plus que ça. La vie  de l’esprit – la spiritualité – c’est cette faculté de «mettre du souffle» dans la matérialité. C’est  toute cette activité non palpable, non démontrable, qui se surajoute à la vie matérielle: imaginaire, vie artistique, philosophie, vie religieuse… Car la spiritualité, c’est ce qui nous permet de nous relier à l’invisible et d’être en lien avec «plus grand que soi». Selon certains courants religieux, c’est la partie immortelle de notre être.

  • Et l’âme alors, de quelle dimension s’agit-il ? Si je reprends la définition d’Aristote et le postulat de Thomas d’Aquin «non pas deux choses, non pas une âme ayant un corps, mais une âme incarnée et un corps animé», l’âme et le corps sont les deux faces d’une même pièce. Il s’agit bien ici de notre dimension individuelle.

Avec elle, on parle de sentiment, de sensibilité, de principes moraux. Cette dimension parle aussi et surtout de l’être singulier, de l’individu que nous sommes, de ses spécificités, de ses joies et de ses souffrances. Il s’agit de la personne que nous sommes, avec toutes nos particularités. C’est en ce sens que Jung utilisait le terme d’âme, comme synonyme du terme psychisme. Il la définit ainsi : «Si la partie d’incarnation est du domaine de la psychologie, la partie immortelle est du domaine de la spiritualité».

L’être humain se définit donc à la fois par son corps, son âme et son esprit, sa matérialité, sa psychologie et sa capacité de transcendance. Nier l’une des dimensions, c’est priver l’homme d’une partie notable de lui-même, lui refuser d’être un être entier. C’est une amputation qui a toujours des conséquences dramatiques.

Et quand l’une ou l’autre des dimensions va mal, chacun a ses spécialistes : le médecin pour le corps, le guide spirituel pour l’esprit et le psy (-chiâtre, -chologue, -chothérapeute) pour l’âme.
Bien sûr, les choses ne sont pas aussi tranchées que cela car les trois dimensions se chevauchent et s’influencent mutuellement mais il est nécessaire, dans un premier temps, de poser en quoi ces domaines fonctionnent différemment.

Dans la pratique Jungienne, la spiritualité est en continuité directe avec le psychologique. Dans sa réalité, l’être humain appartient à deux mondes. C’est là sa richesse puis sa difficulté et parfois sa souffrance, car ces deux mondes réclament d’être reconnus, développés, aimés, tout en entrant régulièrement en conflit, à de nombreux niveaux, l’un avec l’autre.

  • Le premier niveau est un monde de matérialité, d’une réalité tangible incontournable. C’est celui des formes, du temps et de l’espace, de la gestion du quotidien, de l’émotion, du souvenir, de la réflexion et d’une certaine connaissance de soi même. Il est géré par une première conscience qu’on peut appeler existentielle. C’est lui qui s’impose quotidiennement et qui nous est le mieux connu, bien que ses racines plongent dans un inconscient qui peut nous jouer bien des tours. On l’appelle aussi le niveau de l’incarnation. Quand il y a souffrance à ce niveau, c’est au psychothérapeute qu’on fait appel.
  • Le second, par contre, est un monde d’immatérialité, impalpable, indescriptible, sans forme visible et imaginable, on ne peut le gérer ni l’organiser, il est hors du temps et de l’espace. Mais il s’agit d’une réalité tout aussi sensible et incontournable que la première, complètement intérieure celle-ci, qui se fait sentir, soit en des moments privilégiés, soit de façon intime et permanente, grâce à un autre niveau de conscience qu’on nomme essentiel. C’est le domaine du dépassement de soi et de la transcendance. Et là, pour ne pas se perdre, c’est au guide spirituel qu’on fait appel.

Psychothérapeute et guide spirituel

L’homme se définit par la quête de sens mais celle-ci n’est possible que si on s’est dégagé des souffrances du passé.

La différence de posture entre guide spirituel et psychothérapeute repose sur l’éthique et la déontologie de chaque expertise. Un accompagnateur spirituel ne peut pas faire l’économie d’une attention active aux dimensions psychique, sociale et physique de la personne qu’elle accompagne. Et en même temps, il est très important qu’il soit attentif à lui-même, à ses réactions et à son implication personnelle dans l’acte d’accompagnement.

De même, un psychothérapeute ne peut se limiter aux connaissances acquises durant et après sa formation et à son expérience. Prendre soin de la dimension spirituelle de son patient, mais aussi de sa propre dimension spirituelle, fait également partie de son travail, avec un grand souci de ne pas imposer ses propres croyances et de ne pas interférer dans le système de valeur de son patient.

Le domaine de l’âme et le domaine de l’esprit se recouvrent à certains endroits. De ce fait, il est naturel que la psychothérapie comme l’accompagnement spirituel débordent leur propre cadre. Dans les deux cas, si l’intention  est d’accompagner le patient vers un supplément d’être, cela ne se fait pas sur les mêmes bases et le risque d’amalgame est grand.

Un accompagnateur spirituel qui se pose en psychothérapeute, en négation de son propre égo, faisant l’impasse sur les données corporelles, émotionnelles et psychiques de sa propre personnalité aura tendance à faire de même avec la personne qu’il accompagne, niant ses besoins et ses particularités. En refusant de voir ses propres processus psychiques, il refuse en même temps les processus psychiques de la personne.

Une pratique spirituelle ne remplace pas une psychothérapie. Sans thérapie, ou au moins une réflexion sur soi-même, la pratique spirituelle peut être un alibi pour éviter de se confronter à sa propre histoire. Il s’agit donc d’entrer dans la vérité de l’homme, c’est-à-dire d’entrer dans la conscience de la totalité de soi-même.

Un psychothérapeute qui se pose en accompagnateur spirituel influence forcément son patient. Il sort de sa posture de «neutralité bienveillante» pour entrainer  son patient sur des chemins qui sont en réalité les siens, en apportant des réponses qui sont les siennes, empêchant ce dernier de trouver sa propre voie en lui imposant des croyances. Le rôle du psychothérapeute est d’amener la personne à se découvrir elle-même dans l’absolu, au sein des lois de la psychologie. Ce sont des lois ontologiques[1], communes à tous les humains, dans lesquelles les opinions du psychothérapeute ne doivent pas intervenir.

Une psychothérapie ne remplace pas une démarche spirituelle qui, elle, a besoin de s’appuyer sur des croyances et des dogmes définis qui vont structurer et orienter la démarche individuelle.

Quand cette différenciation entre psychologie et spiritualité, entre psychothérapie et démarche spirituelle n’est pas clairement posée, dans les deux cas, le risque est grand d’établir une relation d’emprise avec un jeu dangereux de manipulation et de prise de pouvoir sur l’autre. C’est une position de toute-puissance pouvant mener à tous les abus.

On cite toujours  une partie de l’inscription qui se trouvait sur le temple de la Pythie de Delphes cinq ou six siècles avant l’ère chrétienne: «Connais-toi toi-même…». On se le rappelle toujours mais on oublie la suite : «… et tu connaîtras le monde et les Dieux».

… Se connaître soi-même, opérer ce retournement intérieur pour aller vers cet espace qui, centre du monde, se personnifie en chacun d’entre nous et que d’aucuns nomment Dieu. »

Informations complémentaires sur www.savoirpsy.com

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[1] Lois ontologiques : du grec onto, être, ce sont les lois qui définissent, selon Aristote, « l’être en tant qu’être », c’est-à-dire les lois de la vie que nous devons connaître en tant que sagesse universelle.

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