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Pourquoi et comment le dialogue est nécessaire à l’Église: conférence de Bruno Chenu (1/3)

Le 3 décembre 1995, à Grenoble, Bruno Chenu, assomptionniste, donnait une conférence sur le thème : pourquoi et comment le dialogue est-il nécessaire à l’Église ? Extrait tiré du livre « Au service de la vérité – Dialogue, Conversion, Communion », publié aux éditions Bayard.

Introduction Le fondement du dialogue

C’est pour moi à la fois un plaisir et une responsabilité de m’adresser à vous cet après-midi.Automatic word wrap
Un plaisir car je retrouve ma terre dauphinoise et mon diocèse d’origine dans la proximité de mon saint patron, saint Bruno.Automatic word wrap
Une responsabilité car je dois introduire un Forum diocésain de près de cinq mois et le mettre, à ma modeste mesure, en ces temps de grève, sur de bons rails.

La question qui m’est, qui nous est posée, aujourd’hui est simple. Il s‘agit de justifier la nécessité du dialogue dans l’Eglise : Pourquoi et comment le dialogue est-il nécessaire à l’Eglise ?Automatic word wrap
Le mot-clé de la question est évidemment le mot « dialogue ». C’est autour de lui que tout se structure. Remarquons que l’on a choisi ce terme et non celui qui a dominé les derniers mois, à savoir celui de débat. Le mot « dialogue » apparaît spontanément comme plus riche, plus constructif, plus apaisant, moins conflictuel, que le mot « débat ». Si j’en crois les textes édités par le diocèse, la dimension de débat n’est pas du tout exclue (le terme figure sur le dépliant de ce jour) mais elle est intégrée à une pratique plus large, plus « cool » comme on dirait aujourd’hui, plus décontractée et moins uniquement cérébrale du dialogue.

Il faut reconnaître qu’aujourd’hui en France, le dialogue dans l’Eglise n’est pas d’abord redouté mais encouragé, ou plus exactement : on le redoute bien un peu mais on est d’accord pour le pousser. Je n’en veux pour preuve que le texte le plus prégnant de l’épiscopat français en circulation cette année et qui s’appelle le rapport Dagens : « Proposer la foi dans la société actuelle ». Il y est dit, p. 37 : « il faut donner encore davantage la parole aux croyants, pour qu’ils puissent dire librement comment leur adhésion au Dieu de Jésus-Christ et leur pratique de l’Evangile façonnent leur existence d’une façon durable, comment ils gardent confiance tout en traversant des passages difficiles, pourquoi ils ont en eux le désir de partager leur expérience et d’éveiller chez d’autres le goût de Dieu et l’amour de l’Eglise ».

Ce qui s’est passé depuis janvier dernier en France, après le transfert de Mgr Gaillot, est comme une prise aux mots de l’invitation épiscopale. Les catholiques de France ont manifesté un extraordinaire besoin d’expression, de prise de parole, de dialogue. Ils n’ont pas toujours la patience de l’écoute de l’autre mais ils ont l’impatience de leur propre expérience et de leur propre questionnement.

Nous en avons eu une illustration très récemment à La Croix. Avec les amis-Croix, « Chrétiens-médias » et un certain nombre de mouvements de la ville de Nantes, nous avons organisé le 23 novembre une grande rencontre publique dont le thème ressemblait étrangement à celui de votre Forum diocésain : « L’Eglise en dialogue dans le monde d’aujourd’hui ». Nous n’avions pas hésité à louer l’auditorium de la Cité des Congrès, une énorme salle. Nous nous étions fixés 700-800 personnes. C’était déjà pas mal. Et vous savez combien il en est venu ? 2000. Une salle bondée, motivée, attentive, pas contestataire a priori, mais une foule qui voulait mieux comprendre, être éclairée, qui voulait surtout s’exprimer. Comme si quelque chose de vital était en jeu dans ce dialogue.

Après ces remarques introductives, me voilà donc au pied du mur, au pied de la chartreuse, encourage par Mgr Dagens et par la réunion de Nantes : « Pourquoi et comment le dialogue est-il nécessaire à l’Eglise ?  »
J’aimerais placer en exergue de mon intervention un proverbe africain. Pendant le synode africain de l’an dernier, j’ai cité tous les jours dans La Croix un proverbe africain. Mais je n’ai pas épuisé mes réserves. Je vous livre donc cette parole venue du fond des siècles que vous pourrez méditer religieusement pendant toute la durée du Forum : « Dans la forêt, les arbres se querellent par leurs branches, mais ils s’embrassent par leurs racines ». C’est une parole lourde d’expérience humaine…

Dans la question qui nous occupe cet après-midi, il y a deux modulations : « Pourquoi et comment le dialogue dans l’Eglise. »
La question du pourquoi, c’est la question du fondement, des racines pour reprendre l’image africaine.
La question du comment, c’est la question de la pratique, de la mise en œuvre.

Il y aura donc deux temps dans mon exposé :
1/ Le fondement du dialogue
2/ La pratique du dialogue
Et dans chacun de ces deux temps, il y aura trois points, ce qui vous permettra de vous repérer facilement.

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